Il est temps de se le dire, sans détour. Ce ne sont pas les dirigeants de la SNEL, ni les promesses creuses d’un gouvernement, ni même les manœuvres d’une puissance étrangère qui plongent votre foyer dans le noir, soir après soir. C’est notre consentement.
Vous rentrez épuisé. Le frigo est vide, la nuit tombe sur un silence que seule brise l’aboiement lointain d’un groupe électrogène – celui de celui qui a décidé de ne plus attendre. Et vous, qu’attendez-vous ? La permission d’exister dans la dignité ? Elle ne viendra jamais de ceux qui prospèrent dans votre obscurité.
On vous parle d’héritage – Kimbangu, Lumumba, Kabila – comme d’un reliquaire à vénérer. Mais un héritage n’est pas une prière ; c’est un mandat. Le leur était clair : la souveraineté par la responsabilité. Où est passée la nôtre ? Nous l’avons troquée contre le confort passif de la plainte. Nous sombrons dans l’oblomovisme national : cette maladie de l’âme qui préfère geindre allongé plutôt que de se tenir debout pour exiger.
Regardez autour de vous. L’oblomovisme, c’est :
- Se dire qu’un député qui inaugure un siège d’assemblée provinciale, doté d’une entrée VIP tandis que votre enfant étudie à la lampe torche est un « leader ».
- Croire que l’activiste corrompu ou l’autoproclamé défenseur des droits de l’homme qui chante les louanges de dirigeants sur les réseaux sociaux est un « porte-voix du peuple ».
- Accepter que l’irresponsabilité soit le premier devoir de tout fonctionnaire.
- Trouver normal que la survie soit un combat individuel, et le pillage, une affaire d’État.
Cet oblomovisme est une trahison. Une trahison de ceux qui sont morts pour un rêve plus grand que la simple survie. Une trahison de vos enfants, qui méritent un pays, pas un champ de ruines commodes.
Le réveil commence ici. Maintenant.
Il ne commence pas par un slogan, mais par un refus.
- Refusez de légitimer l’indignité. Celui qui vous vole votre lumière ne mérite pas votre respect, ni votre silence complice.
- Détournez-vous des faux prophètes et de ces activistes aux droits de l’homme élastiques, dont le combat s’arrête là où commence le virement bancaire. Ne leur accordez plus votre attention, votre voix, ou votre illusion d’obéissance. Un pouvoir qui ne sert pas est un pouvoir illégitime. Privez-le de sa seule nourriture : votre soumission.
- Exigez. Pas en victime, mais en citoyen. L’électricité, l’eau, les routes ne sont pas des faveurs. Ce sont les fondements d’un contrat social que les dirigeants ont déchiré. Recousez-le par l’exigence collective.
- Organisez-vous. Dans votre rue, votre quartier, votre association. La dignité se construit d’abord entre voisins qui décident de ne plus subir ensemble.
Le Congo ne sombrera pas à cause de ses ennemis. Il sombrera si ses enfants, repus de rêves inutiles, choisissent de s’abandonner à l’inertie.
L’heure n’est plus à la lamentation. Elle est au choix.
Allons-nous, enfin, sortir du divan ?
PS : Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, si vous avez un toit, un travail et ne craignez que les coupures de courant, souvenez-vous d’une chose : vous êtes, malgré tout, parmi les chanceux. Cette pensée ne doit pas être un oreiller pour votre conscience, mais un électrochoc. Car c’est précisément à vous, qui avez encore quelque chose à préserver et un peu de lumière à perdre, que revient la responsabilité de vous lever. Des millions n’ont même pas ce luxe. Votre lutte n’est pas seulement pour le courant, elle est pour que le pays entier sorte enfin des ténèbres.