Le football est souvent présenté comme un puissant générateur d’émotions collectives, un langage universel capable de rassembler au-delà des clivages.
La Coupe d’Afrique des Nations 2026 n’a pas dérogé à cette règle. Mais, pour la République démocratique du Congo, elle a pris une dimension singulière.
Ce billet propose d’en saisir la portée symbolique, en la reliant à des faits historiques et à des débats de société qui traversent notre quotidien.
Un contexte national sous tension
La RDC traverse une période de crises multiformes qui éprouvent profondément le vivre-ensemble.
Violences persistantes : des rébellions connues ou progressivement banalisées dans l’opinion publique, de l’Est à l’Ouest — M23, ADF, Mobondo, CRP — continuent d’endeuiller le pays.
Replis identitaires : les tensions ethniques, rarement aussi visibles ces dernières années, alimentent stigmatisations et fractures entre Congolaises et Congolais.
Resserrement de l’espace démocratique : arrestations et poursuites pour délits d’expression rappellent la fragilité des libertés publiques.
Bref, le lien social est en souffrance, et la confiance collective s’effrite.
Le raccordement inattendu : un symbole au milieu du jeu
Revenons à la CAN 2026.
Un personnage a marqué les esprits, presque à son insu : Michel Kuka, surnommé Lumumba Vea.
Son geste, d’une sobriété désarmante, a captivé les tribunes et les écrans : soutenir les Léopards en demeurant immobile, à la manière de la statue de Patrice Emery Lumumba.
Sans slogan, sans discours, il est devenu la coqueluche des supporters, des équipes adverses et des commentateurs.
Voici quelques publications sur
Sa « victoire » est silencieuse mais éloquente : sans déclaration officielle, il a sans doute mieux projeté l’image de la RDC que bien des campagnes coûteuses et controversées. Ce n’est pas le sujet du jour — mais le contraste mérite d’être noté.
Ma publication préférée:
Quand un nom réveille une mémoire africaine
Au-delà de l’anecdote, les réactions suscitées par Lumumba Vea disent beaucoup.
En ravivant la figure de Lumumba, c’est le rêve d’une Afrique solidaire et souveraine qui refait surface — un rêve qui a existé, et qui peut encore inspirer.
Parmi les récits partagés, certains (vérifiables) rappellent que le prénom de Patrice Motsepe aurait été donné en hommage à Lumumba, figure célébrée en RDC chaque 16 janvier.
D’autres commentaires soulignent que le combat de Lumumba dépasse nos frontières : il s’inscrit dans l’histoire universelle des peuples ayant connu l’oppression. Les traces en sont visibles partout — rues, universités, places publiques — de l’Afrique à l’Amérique latine.
On a également rappelé des pages d’histoire souvent négligées, comme la vie des enfants de Lumumba en Égypte après l’assassinat de PEL.
À celles et ceux qui détiennent ces fragments de mémoire, l’appel est simple : partagez-les.
Une nation se renforce en transmettant ce qu’elle sait.
La lutte fut collective : au-delà des frontières
La libération des peuples africains n’a jamais été une aventure solitaire.
Les mouvements de libération d’Afrique australe ont bénéficié de solidarités panafricaines concrètes. Peu savent, par exemple, que l’African National Congress a longtemps installé son siège à Lusaka, au plus fort de la lutte contre l’apartheid.
Des ponts aériens reliaient Lubumbashi et Lusaka, mobilisant des Africains, mais aussi — autre époque — des soutiens américains et chinois, pour contourner le blocus imposé à la Rhodésie.
L’implication cubaine au Zaïre et en Angola demeure un autre chapitre souvent méconnu de la lutte contre l’impérialisme.
À cette époque, les camps de combattants de la liberté rassemblaient toutes les nationalités, races et confessions.
En Afrique centrale, les frontières héritées perdaient leur rigidité : des commandants étaient reconnus bien au-delà de leurs terres d’origine. La cause primait sur l’ethnie.
Mon exhortation : choisir l’unité, encore et toujours
N’est-il pas tragique qu’aujourd’hui, nous nous déchirions pour des appartenances tribales ?
Nos conflits actuels sont trop souvent instrumentalisés par des acteurs politiques dépourvus de profondeur historique et de probité morale.
L’histoire nous enseigne pourtant autre chose : l’unité n’est pas une naïveté, c’est une stratégie de survie.
Comme le chantait Bob Marley dans Africa Unite :
> Africa unite, ’cause we’re moving right out of Babylon…
Ce refrain n’est pas un slogan nostalgique. C’est une invitation contemporaine à la lucidité, à la mémoire et au dépassement de soi.
À nous de décider si nous voulons en faire un héritage vivant — ou un simple écho du passé.