L’étymologie a ceci d’élégant qu’elle nous renvoie à la racine des choses, à ce qu’elles étaient avant que les usages, les malentendus et les intentions ne les recouvrent.
Le mot politique vient du grec politikḗ, « science des affaires de la cité » (polis). À l’origine, ce n’était ni une carrière, ni un spectacle, ni une injure. C’était simplement l’art de gérer la vie commune — l’administration du vivre-ensemble, de ses règles, de ses conflits et de ses espoirs.
Aujourd’hui, deux dictons s’affrontent dans l’esprit de beaucoup, surtout parmi ceux qui créent, entreprennent ou innovent :
« Un homme d’affaires ne s’occupe pas de politique, qui risque de ruiner ses affaires. »
Et son contraire, plus rude, plus implacable :
« La politique, si tu ne t’en occupes pas, elle s’occupera de toi. »
Je suis entrepreneur. Je devrais donc, selon la première logique, me taire, me concentrer sur mes chiffres, éviter les sujets qui fâchent et protéger mon pré carré.
Pourtant, je choisis résolument le second dicton.
Dans mon précédent article, j’évoquais l’oblomovisme — cette paralysie élégante, ce renoncement confortable à agir, sous prétexte de préserver son confort ou ses intérêts immédiats. S’interdire de parler de ce que l’on observe dans notre société, sous couvert de protéger ses affaires, relève moins de la prudence que de la lâcheté. C’est une forme de démission civique habillée en stratégie business.
Or, The Hat Coder n’est pas un lâche.
La politique, au sens originel, n’est pas qu’une affaire de partis, d’élections ou de discours. C’est aussi le cadre dans lequel nos entreprises respirent, nos équipes évoluent, nos idées rencontrent — ou non — un terreau fertile. Ignorer ce cadre, c’est comme naviguer sans regarder la météo : on peut avancer un temps, jusqu’à ce que la tempête arrive, et qu’il soit trop tard pour ajuster la voile.
Ne pas s’en occuper, c’est laisser à d’autres le soin de décider des règles qui régiront notre quotidien, notre marché, nos libertés. C’est accepter, par passivité, un monde que nous n’aurons pas choisi.
Alors oui, ce blog parlera parfois de politique. Pas de politique politicienne, mais de celle qui forge les conditions de notre action, qui influence nos vies professionnelles autant que personnelles, qui dessine — ou défigure — l’environnement dans lequel nous tentons de bâtir quelque chose.
- Parce qu’entreprendre n’est pas une activité hors-sol.
- Parce que coder n’est pas un acte neutre.
- Parce que penser, c’est déjà agir.
Et surtout, parce qu’il n’y a rien de moins stratégique, finalement, que de croire pouvoir échapper au monde dans lequel on vit.
La politique, au fond, est comme le code : si vous ne le structurez pas, il se structure sans vous — et rarement à votre avantage.