Depuis quelques jours, les réseaux sociaux et certaines conversations chuchotées annonçaient un événement majeur : Claude Ibalanky allait s’exprimer en direct, suivi d’une conférence de presse, pour « éclairer l’opinion nationale et internationale ».
Et pourtant, la promesse était forte, presque électrisante : « La vérité sera dite, sans gants et sans tabous. Et tout le monde saura. »
Nous étions nombreux à attendre, à espérer peut-être une parole claire, une révélation, un éclaircissement dans un paysage politique souvent brouillé. Rendez-vous était pris. Alors, ce samedi, M. Ibalanky a pris la parole, entouré du presidium de l’AFC/M23.
Et… ce fut un pétard mouillé.
Un long discours, certes. Un flot de paroles fidèle au style de l’orateur. Mais en y regardant de plus près, en écoutant vraiment, on se prend à chercher la substance, le fameux « sans gants », la vérité promise. Et on trouve surtout… de l’air.
Comme un candidat à un entretien d’embauche qui détaille son CV avec ferveur, M. Ibalanky a beaucoup, beaucoup parlé de lui. De ce qu’il a fait, de ce qu’il a accompli, des portes qu’il a ouvertes. Une défense passionnée de sa propre candidature – mais une candidature à quoi, exactement ?
Car dans le fond, que nous a-t-il vraiment dit ?
On retient un chassé-croisé de contradictions qui laisse perplexe.
Il affirme ne pas contester la légitimité de l’élection du président Félix Tshisekedi en 2023… pour immédiatement dénoncer dans la même phrase des élections « mauvaises », écorchant au passage une opposition mal organisée. On hoche la tête, on suit le raisonnement, et on se perd. Vrai et faux à la fois ? Une position politique ou un exercice de subtilité sémantique ?
Cette ambiguïté soulève une question plus troublante : que cache réellement ce flou artistique ? L’hypothèse se dessine : et si l’AFC/M23 avait tout simplement éconduit M. Ibalanky et ses propositions ? Et si ce discours était moins une annonce fracassante qu’une tentative de repositionnement, face à une porte qui se ferme ?
En triant méticuleusement le discours, seuls trois points émergent avec une relative clarté :
- M. Ibalanky présente l’AFC/M23 comme un mouvement « ouvert », l’ayant été à l’époque des négociations précédant la prise de Bunagana, et l’étant encore aujourd’hui en accueillant ses « offres ». Une ouverture qui semble, dans son récit, tenir à sa propre personne.
- Il a officialisé et détaillé sa rupture avec son ancien patron, le président Tshisekedi, égrenant au passage une liste de frustrations personnelles qui ont visiblement laissé des traces.
- Enfin, et c’est peut-être le plus révélateur, il déclare ne pas avoir encore rejoint l’AFC/M23. Son adhésion future dépendrait de la proposition que lui fera M. Corneille Nangaa. Une attente, presque une mise en demeure.
Pour le reste… le brouillard persiste. Les « vérités sans tabou » se sont envolées, les « éclaircissements » promis ont cédé la place à un exercice d’auto-promotion et de positionnement personnel.
Dans le domaine des affaires sérieuses, il est mal venu de promettre la tempête pour n’apporter qu’une brise. La crédibilité se gagne dans la cohérence et la transparence, pas dans les artifices de langage. Ce samedi, beaucoup attendaient du fond. Ils n’ont eu que la forme. Et une forme bien trop légère pour le poids des enjeux.
La vérité a peut-être été dite, comme promis. Mais elle était si bien cachée derrière les mots qu’elle en est devenue inaudible. Dommage.